Ce livre étudie l'étonnant mouvement de retour au théâtre tragique grec que l'on observe en France dans les années 1880-1920. Cet engouement spectaculaire pour les œuvres d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide - apparemment parodoxal, à une époque où Nietzsche, outre-Rhin, théorise le déclin irréversible de l'esthétique tragique - a souvent été signalé par les historiens du théâtre mais n'avait pas, jusqu'alors, fait l'objet d'une enquête spécifique. L'auteur explore tour à tour les différentes manifestations de ce phénomène : les traductions d'abord (aussi bien celles des spécialistes que celles des poètes et des hommes de théâtre) ; le discours critique ensuite, partagé entre la découverte de l'irréductible altérité des Grecs et le besoin de reconnaître en eux des modèles ; enfin les représentations scéniques qui, par-delà les différents partis pris des metteurs en scène, auront toutes contribué à incarner ces œuvres dont l'approche jusqu'à ce tournant du siècle avait été essentiellement livresque.