Au bout du crayon une phrase gicle, un paragraphe jaillit, un jeune personnage court à grandes enjambées, tombe, s'écorche un genou, renifle, et se remet en chemin vers son avenir sur des pages impatientes qui s'allument, qui rient, babillent, gazouillent, se pardonnant, ici et là, barbots et gribouillis. [...] Et hop, l'enfant que j'étais débarque avec ses tire-bourres, sa robe de première communion, ses dictées impeccables et ses larmes d'arithmétique. Poupée miniature, elle s'assoit sur mon écran d'ordinateur en frappant des talons, m'incitant à la suivre, que je le veuille ou non.Une promesse qui déclenche tout : écrire dans sa langue, dans son pays. C'est que l'enfant-feu s'enflamme et se consume au contact des mots. Peu à peu, l'émerveillement laisse place à l'engagement : la jeune femme, inspirée par la lutte de Martin Luther King, ira à la rencontre de l'Autre et de l'Histoire, armée des trésors de sa langue. Et quand la vie, un jour, l'abandonnera à ses loisirs, elle prendra la plume à son tour. Michèle Vinet est l'auteure de deux romans, dont Jeudi Novembre, pour lequel elle a remporté les prix Trillium et Émile-Ollivier.