La narratrice de L'excision souffre d'une maladie bien rare, celle de l'insensibilité. " Je ne sens rien" dit-elle. " Absolument rien. Trifouillez-moi avec une lame de rasoir et je ne réagirai pas." Marie Auger, avec l'humour noir qui est le sien, poursuit sa quête de l'absurde et de la démesure. Voilà que, dans L'excision, elle doit vivre avec son insensibilité physique. Ce n'est pas de tout repos! Ainsi, incapable de sentir le poids de son corps sur le sol, la narratrice ne peut apprendre à marcher. Elle circule donc en fauteuil roulant. Pendant dix ans. Dix ans à se jeter en bas des escaliers pour voir la bouille des gens. Par la suite, elle s'amuse à monter à genoux les marches de l'oratoire Saint-Joseph. Le sommet atteint, elle offre en spectacle ses genoux en sang à des pénitents ébahis qui la vénèrent comme la vierge Marie. Pourtant, vierge, elle est loin de l'être. Elle couche tant et tant qu'elle n'arrive plus à faire le décompte de ses amants. Mais la jouissance est absente. La narratrice ne sent rien. Rien de rien. " Mon clitoris est un accessoire décoratif ", déclare-t-elle. "C'est un bibelot de pacotille. Je l'ai épousseté durant des années pour ne pas que la poussière s'y accumule et que des araignées s'y installent en tissant des toiles démesurées."
Quelle calamité, est-on porté à penser. Puis, du même souffle : quel plaisir de lecture!